Plombé par la force du dollar et les anticipations de hausse des taux d’intérêt réels, l’or a reculé ces derniers temps.

L’or a été malmené, dernièrement. Depuis son sommet d’avril dernier, le cours de l’once, qui profitait alors de la multiplication des tensions géopolitiques (lancement imminent de missiles sur la Syrie, nucléaire iranien, relations en dents de scie avec Pyongyang, sanctions contre Moscou…), a fondu de 10% (en dollars) en seulement trois mois, à 1.229 dollars, retombant ainsi à ses planchers de juillet 2017. Et ce, en dépit de la publication de statistiques indiquant un raffermissement de l’inflation américaine, qui s’est hissée en juin à un sommet de 2012. Une annonce qui aurait pu faire grimper le métal jaune. En effet, l’or constitue un traditionnel rempart contre l’inflation (c’est un actif offrant une préservation du pouvoir d’achat sur très longue période) et une hausse des prix à la consommation réduit – toute chose restant égale par ailleurs – les taux d’intérêt réels (taux moins inflation), qui tendent à évoluer à l’inverse de l’or. De fait, le métal jaune n’offrant pas de revenu, il souffre d’arbitrages défavorables en cas d’augmentation des taux réels.

Si l’or a perdu du terrain, c’est parce que “selon le consensus des intervenants, les taux d’intérêt américains devraient continuer à progresser (un mouvement favorisé par le durcissement progressif de la politique monétaire américaine, NDLR) plus vite que l’inflation. La communauté financière s’attend ainsi à des taux réels ascendants et à une poursuite du renforcement du dollar (une devise mieux rémunérée ayant vocation à s’apprécier, NDLR), alors qu’il s’est déjà fortement apprécié ces derniers mois. Deux bonnes raisons – selon eux – de ne pas s’intéresser à l’or, historiquement pénalisé par des taux réels élevés et la force de la devise américaine (coté en dollar, l’or se renchérit en effet mécaniquement pour les acheteurs munis d’autres devises, NDLR)”, explique Alain Corbani, responsable matières premières et gérant du fonds Global Gold and Precious chez Finance SA.

Or, le dollar ne s’est pas renforcé uniquement face à l’euro, mais aussi face à de nombreuses devises, notamment la roupie indienne (qui s’est dépréciée de 8% face au billet vert depuis le début de l’année) et le yuan chinois (-8% en trois mois), si bien que les Indiens et les Chinois ont vu leur pouvoir d’achat de métal jaune affecté. “Le repli de leurs devises a pu les freiner dans leurs achats”, relève ainsi Olivier Daguin, gérant matières premières chez OFI Asset Management. Un phénomène qui a pu avoir un impact non négligeable sur la demande mondiale d’or, l’Empire du Milieu et le sous-continent étant traditionnellement les deux principaux acheteurs. Les deux pays achètent près de 2.000 tonnes d’or par an, soit près de la moitié de la demande mondiale, estimée à 4.058 tonnes, indique à cet égard son collègue Benjamin Louvet.

Reste que la rapidité de la chute du cours de l’or, qui s’est accélérée suite à la rupture de certains supports techniques, a de quoi étonner, dans un contexte de montée des tensions commerciales (qui pourraient notamment soutenir l’inflation, en cas de multiplication des droits de douane, susceptibles d’être répercutés sur les prix de vente) et d’accroissement des risques (qui devrait susciter un regain d’intérêt pour les valeurs refuge). Surtout, le scénario d’une remontée durable des taux réels est loin d’être acquis, d’autant que le risque d’inflation est sous-estimé, juge Alain corbani. “Face à l’augmentation de leurs coûts de production, les entreprises américaines comptent bien maintenir leurs marges en répercutant ce renchérissement sur leurs prix de vente. Un phénomène qui soutiendra l’inflation et donc pèsera sur les taux réels. Par ailleurs, alors que Donald Trump a initié une guerre commerciale, ce type de conflit ne se gagne qu’avec une devise faible. D’où une probable rechute à venir du dollar. Deux bonnes raisons d’espérer une reprise du cours de l’or”, explique-t-il.

Source : capital.fr

L’or tombe à son plus bas niveau depuis un an. Comment expliquer sa chute ?

Hits: 2

Étiqueté avec :