Olivia Bertaux Lazare est responsable des Cartier Women’s Initiative Awards, le programme du joailler français pour promouvoir et soutenir l’entrepreneuriat féminin dans le monde. En pleine préparation de l’édition 2019 et après l’appel à candidatures qui sera clôturé le 31 août prochain, elle détaille pour La Tribune Afrique les contours de cette compétition internationale qui a déjà fait plusieurs heureuses sur le continent.

Nouvelle opportunité de financement pour les femmes entrepreneurs. Cartier Women’s Initiative Awards (CWIA) a récemment lancé l’appel à candidatures pour l’édition 2019 de son programme de promotion et de soutien des entrepreneures à travers le monde qui court jusqu’au 31 août prochain. Initié en 2006 par la maison joaillerie française Cartier en partenariat avec en partenariat avec l’INSEAD Business School et McKinsey & Company, ce programme annuel récompense régionalement les femmes aux projets porteurs et à fort impact social.

A l’issue du premier tour, le Jury sélectionne 21 finalistes issues de 7 régions à savoir l’Amérique latine, l’Amérique du Nord, l’Europe, l’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), l’Asie du Sud-Est et l’Extrême-Orient. Les initiatrices des trois meilleurs projets de chaque région bénéficieront chacune d’un coaching « sur mesure » pour se préparer au second tour. Celui-ci consiste pour chaque finaliste à présenter un business plan détaillé et à réaliser un speech sur leur projet durant la semaine des Cartier Awards.

En guise de récompense, les sept lauréates reçoivent chacune un financement de 100 000 dollars assorti d’un programme de mentorat personnalisé sur un an. Les finalistes, quant à elles, sont gratifiées d’une enveloppe de 30 000 dollars chacune. Selon Cyrille Vigneron, PDG de Cartier, les CWIA ont déjà reçu « plus de 2 000 candidatures » depuis leur lancement et « l’initiative est devenue une étape décisive dans la vie de 198 femmes dans 49 pays ». L’édition 2018 a donné pour lauréates la Camerounaise Melissa Bime pour l’Afrique subsaharienne et la Libanaise Siroun Shamigian pour la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA).

En sa qualité de Head of programme Cartier Women’s Initiative Award’s, Olivia Bertaux Lazare est celle qui pilote le projet dans son ensemble et supervise les équipes qui y sont dédiées.

Cartier

La Tribune Afrique : Douze ans après le lancement des Cartier Women’s Initiative Awards (CWIA), quel bilan en faites-vous au niveau de la région Afrique subsaharienne et MENA ?

Olivia Bertaux Lazare : En douze ans, le nombre de candidatures a augmenté significativement, passant de 36 pour l’Afrique subsaharienne et 22 pour la région MENA à 342 et 324 en 2017. Nous accueillons aujourd’hui des dossiers d’un plus grand nombre de pays – un aspect qui nous est important. Nous souhaitons pouvoir accompagner les entrepreneures de tout pays.

La qualité des candidatures s’améliore d’année en année avec des tendances fortes pour chacune des régions. Au Moyen-Orient, éducation, promotion de la culture et technologie sont des thématiques fortes. En Afrique, la santé, l’alimentation et l’environnement sont des terrains investis par les entrepreneures locales. Des tendances qui reflètent les réalités locales.

« Le concours est ouvert aux femmes de toute nationalité et de tout secteur d’activité. »

Quels sont les critères de sélection des candidates ?

En termes d’éligibilité, nous choisissons des entreprises en activité depuis un à trois ans, générant des revenus et dirigées par des femmes dont le leadership et l’implication sont incontestés. Celle-ci doit posséder une part importante dans la société (relativement aux autres parties prenantes). Le concours est ouvert aux femmes de toute nationalité et de tout secteur d’activité.

« Nous recherchons des entreprises ayant un impact social au niveau local, capable de résister au temps. »

En termes d’évaluation, nous recherchons des entreprises ayant un impact social au niveau local, capable de résister au temps. La viabilité financière de la société est un point d’importance. Enfin, nous regardons également le niveau de créativité de la société dans un marché donné (quel est le caractère unique de l’entreprise ? quel est son facteur différenciant ?).

Les lauréates 2018 de la zone étaient Melissa Bime (cf photo: à gauche) du Cameroun et Siroun Shamigian (à droite) du Liban. Quelles ont été les particularités de leurs projets ?

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Melissa et Siroun ont des parcours très différents mais ont toutes deux monté une entreprise alors même qu’elles ne s’y destinaient pas.

Melissa faisait ses études d’infirmière, elle a malheureusement assisté au décès d’une petite fille de 5 ans qui avait besoin d’une transfusion sanguine. Cette expérience traumatisante l’a poussée à arrêter ses études pour monter Infiuss, une banque de sang en ligne qui récolte et expédie les dons de sang aux hôpitaux.

Siroun, quant à elle, a travaillé en tant qu’enseignante pour financer ses études de biologie. C’est en voyant les difficultés de ses élèves avec l’apprentissage de l’arabe qu’elle a décidé de monter Kamkalima. Kamkalima est une plateforme digitale faisant appel à l’intelligence artificielle et l’analyse de données afin d’aider à apprendre et enseigner la langue arabe.

Comment sont déployés les financements de 100 000 dollars accordés aux Lauréates et 30 000 dollars accordés aux Lauréates et aux finalistes ?

Le financement est donné en totalité à la suite de la participation à la compétition. Ce financement est sur une année. Nous considérons actuellement un mécanisme de suivi pour nous assurer de l’utilité et de la façon dont cela va contribuer au développement de l’activité.

L’édition 2019 des CWIA portera-t-elle une caractéristique particulière ?

En 2019, les Cartier Awards se dérouleront à San Francisco, dans une région marquée par l’entrepreneuriat et la tech. Chaque délocalisation est l’occasion de se poser des questions fondamentales : comment s’imprégner de la culture locale ? Comment pouvons-nous apporter de la valeur et faire sens dans ce nouveau contexte ? Pour le moment, nous sommes en pleine réflexion sur le contenu du programme. Affaire à suivre !

Selon vous, quels en sont les enjeux de l’entrepreneuriat féminin pour le développement de l’Afrique ?

Globalement, l’entrepreneuriat est un moteur de croissance économique et sociale. Face aux défis de développement auxquels est confrontée l’Afrique, la mobilisation de tous les acteurs économiques, y compris des femmes, est naturellement essentielle. En conséquence, il me semble important de créer les conditions propices pour favoriser la création d’entreprises par les femmes, pour valoriser ce statut et donner envie aux plus jeunes de se lancer. Les réseaux locaux (organisations locales de tout type) d’entrepreneurs sont à ce titre utiles pour soutenir les initiatives.

Les lauréates Afrique subsaharienne des CWIA de 2007 à 2018

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Olivia Bertaux Lazare : « Les Cartier Women’s Initiative Awards souhaitent accompagner les entrepreneures de tout pays en Afrique »

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